Que s'est-il dit au 2ème Congrès des développeurs territoriaux ?

Suite à un premier Congrès en Rhône-Alpes en 2013 (450 participants), une seconde édition a eu lieu à Rennes les 25 et 26 juin 2015 en présence de Cap Rural. L'ambition des co-organisateurs (Unadel, Collectif Ville Campagne, IRDSU) : faire le point sur les évolutions en cours en matière d’organisation territoriale, évaluer leur impact sur les professionnels du développement territorial, réfléchir ensemble sur comment garder le cap et continuer à faire du développement local dans ce contexte changeant. A écouter les témoignages et les échanges, un sentiment d’inquiétude perce chez nombre de professionnels. Aux évolutions sociétales, la réorganisation territoriale ajoute de la complexité dans les processus et les procédures. Beaucoup de développeurs territoriaux s’interrogent sur ce que seront leurs métiers, leurs postes et les organisations dans lesquels ils évolueront à l’avenir. Chacun convient néanmoins que cette période peut et doit être une opportunité pour redéfinir le métier d’agent de développement et (ré)inventer des pratiques correspondant davantage à la réalité des territoires et aux besoins des citoyens.

A réorganisation territoriale, réorganisation des équipes d’ingénierie…

D’un côté la fusion des collectivités (exemple : intercommunalités) pousse, voire oblige des équipes à fusionner. De l’autre la recherche de légitimité et le repositionnement de certains acteurs (départements, pays, communes inscrites dans des démarches de communes nouvelles) incitent les équipes à s’adapter et à se réorganiser et changent leurs missions et leurs métiers.

Les différents témoignages ont montré que les cas de fusion et de réorganisation se faisant sur la base d’un projet formalisé (projet de territoire) sont rares. Or c’est le projet qui donne une ligne directrice aux équipes et qui met en perspective leur action. Ce flou donne un sentiment de malaise général sur le devenir des équipes et des emplois. La fusion à une échelle territoriale plus importante pose la question de la proximité aux habitants, aux citoyens et aux acteurs locaux, mais aussi celle des métiers qui devront évoluer et nécessiteront la mobilisation de nouvelles compétences (exemple : évolution vers des compétences plus d’animation, d’observation, d’évaluation…). Dans certains cas rares, des équipes sont porteuses de dynamique et sont force de proposition auprès de leurs élus pour retravailler le projet et réfléchir à la question des ressources humaines et des compétences. Mais dans la plupart des cas, le projet n’existe pas, et le portage politique est compliqué. Les équipes se sentent perdues et ont des difficultés à voir clair sur leur devenir.

Des expériences telles que celle du Pays de Brocéliande ou celle de Vallons de Haute Bretagne Communauté, dans le cadre d’une approche méthodologique, montrent que retravailler le projet avec les élus et des agents permet de réfléchir l’organisation ou la réorganisation des équipes, l’articulation avec d’autres échelles territoriales (notamment entre Pays et nouvelles communautés de communes).

Comment faire du développement local dans ce contexte ? Une question de proximité avec le citoyen et le terrain

Les éclairages d’universitaires et les enseignements issus des travaux du Carrefour des métiers et des professionnels du développement territorial ont permis de remettre en perspective l’évolution du métier et les questions que se posent les professionnels aujourd’hui. Le passage des vocabulaires de développement local à développement territorial, et d’agent de développement à ingénierie territoriale, révèle l’institutionnalisation et l’homogénéisation des processus de développement local et des métiers. Ces dynamiques se sont traduites progressivement par un éloignement vis-à-vis du citoyen et une accentuation des démarches descendantes, qui sont à l’origine d’un sentiment de perte de sens et de tiraillement des professionnels.

Renouveler les regards et les pratiques de développement…

C’est sur ces constats que Pierre Jean Andrieu, représentant du Carrefour des métiers, a invité les professionnels à revenir aux sources et à (re)faire du développement plus en connexion avec les gens et le terrain. Cela passe par un changement de regard sur les espaces de projet (projets de territoires…) en ne les assimilant plus à des programmes ou des dispositifs, mais en les considérant comme des systèmes d’acteurs où les gens constituent des potentiels de développement.

C’est ce à quoi invite l’émergence de nouvelles dynamiques et pratiques de développement dont sont porteurs des professionnels œuvrant dans le champs du design territorial, de la participation citoyenne et de l’éducation populaire, de l’économie sociale et solidaire, etc. Elles ouvrent de nouvelles voies et incitent les professionnels à de nouvelles manières de faire.

Pour en savoir plus : les premiers éléments de décryptage sur le Congrès de Rennes par le Carrefour des métiers
Les actes du 2nd Congrès seront prochainement disponibles sur le site du Carrefour des métiers

Pour mémoire : retour sur le 1er Congrès national des développeurs territoriaux

Mots-clés: ingénierie territoriale, agent de développement, élu, employeur